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On a écouté la mixtape « MMS 2.0 » d’Enima

Enima - Strikt.Net

 

Installé depuis maintenant plusieurs années comme une référence du rap canadien, Enima s’est peu à peu construit une image particulière, entre le faste et le luxe des rappeurs américains et la finesse de l’écriture qui caractérise le rap français. Samir Slimani de son vrai nom est né en Algérie et a grandi à Montréal, où il découvrit le rap et la vie de rue. Celle-ci a longtemps pris une place importante dans son quotidien, nourrissant ses textes mais lui causant d’importants soucis avec la justice canadienne. Seul le succès dans le rap semblait alors pouvoir permettre à Enima de s’écarter définitivement de la délinquance. Avec son label MMS (My Money Straight), il se fait un nom avec les mixtapes MMS 1.0 et MMS 1.5 en 2016, suivies de plusieurs albums qui lui permettent de commencer à dépasser les frontières du Canada, se distinguant notamment par son utilisation à la fois astucieuse et naturelle du franglais, lui permettant de jouer de manière unique avec les sonorités des deux langues. Cela lui ouvre les portes de la France, qui apparaît alors comme un nouveau départ pour un Enima pleinement focalisé sur la musique, qui présente en 2021 le projet Résilience, comme une carte de visite pour le public français, appuyée par les featurings de PLK, TK et Norsacce Berlusconi. Désormais relativement identifié et invité sur des projets de grande envergure par Binks Beatz ou le Seven Binks, Enima doit désormais transformer l’essai. En cette fin de mois d’août, il dévoile donc presque par surprise MMS 2.0, qui reprend le titre de ses premiers projets tout en attestant du chemin accompli, pour continuer sa conquête des auditeurs français et placer avec lui le curseur sur une scène montréalaise qui gagnerait à être davantage reconnue de l’autre côté de l’Atlantique. Long de douze titres, MMS 2.0 est à la fois un projet très digeste et également assez dense, qui développe l’immense éventail artistique de son auteur.

 

Focus

Dès l’introduction, Enima atteste de son nouveau statut et de la nécessité de s’écarter de tout ce qui pourrait entraver son développement artistique. Il reste tiraillé entre le succès qui s’offre à lui et ses questionnements intérieurs, comme le montre l’opposition dans le pré-refrain : « Elle m’a dit : “T’es une vraie, vraie, vraie, vraie star maintenant, vraie star maintenant / Par contre, t’es un vrai, vrai, vrai, vrai diable maintenant“ » qui peut rappeler le titre Belzébuth, intro de l’album De rien, dans lequel il rappait : « Couronné de l’Enfer, fils de pute, j’suis Belzébuth » dans le premier refrain puis : « Couronnée de l’Enfer, c’est la pute de Belzébuth » dans le second, transversant ainsi la part de vice de lui-même à une tierce personne. Ce morceau résume l’état d’esprit dans lequel Enima veut amener l’auditeur à travers ce projet, « faut faire du business, pas du blabla », et donne le ton pour la suite.

 

Creed

Issu de la délinquance montréalaise, Enima le laisse ressentir dans ses lyrics. Dès la première phrase : « J’ai besoin d’une bitch qui a besoin d’une bitch », qui rappelle le refrain de Réussir : « Ma pute a une pute, pour moi c’est ça réussir ». Cette réussite est certes moralement discutable, mais elle permet à Enima de planter immédiatement le décor et proposer un egotrip sombre avec des punchlines plus sombres les unes que les autres, notamment concernant ses rapports avec la gent féminine : « Elle m’appelle Daddy mais son père c’est Jean-Claude ». Si le personnage d’Enima était encore méconnu de l’auditeur avant ce titre, ce ne devrait plus être le cas après.

 

Magie

Dans ce morceau, Enima se livre à l’un de ses exercices favoris, l’utilisation à outrance du franglais, qui lui permet une immense diversité de flows. Cela sert un egotrip dans le même style que celui du morceau précédent. En ce début de mixtape, Enima étonne par sa désinvolture qui tranche avec la dureté de certains propos, ce qui renvoie l’impression d’un être désabusé et dénué de tout sentiment, que rien ne semble pouvoir émouvoir tant la vie l’a déjà marqué. On se demande alors s’il est capable de conserver cette posture tout au long du projet.

 

Anyway

Dès le début du morceau, Enima répond par la négative aux interrogations soulevées par le morceau précédent, évoquant ses ennemis, qui « voudraient tous [s]a mort » et étalant sa détermination à s’éloigner de ce milieu qu’il sait malsain. Le côté américain d’Enima ressort, et la propension à ériger l’argent comme finalité avec, ce qui lui permet d’affirmer que la réussite financière lui permettra l’élévation sociale. Enima se permet même d’interroger l’auditeur : « Dis-moi qui pourra m’arrêter ou me mettre un stop » tant il est certain de son succès actuel et futur. La confiance affichée par le rappeur ne laisse aucun doute sur ses ambitions de succès et sur les moyens mis en œuvre pour les atteindre.

 

Enima – A l'aise Lyrics | Genius Lyrics

 

DMDTN

Ce titre est un acronyme signifiant « Donne-moi de tes nouvelles », question qu’Enima semble adresser à une conquête d’antan, mesurant ainsi d’une certaine manière l’écart qui le sépare de sa vie d’avant. Il altère d’ailleurs cette phrase dans le refrain : « Donne-moi toutes les nouvelles paires / C’est ce que j’ai dit à la caissière du Prada », une énième occasion pour lui de flex à propos de sa nouvelle richesse. De son côté, la destinataire du morceau ne semble pas avoir connu un tel changement social, loin du luxe du star-system. Enima se montre plus flou à la fin du morceau : « Donne-moi de tes nouvelles même si j’en veux pas / Viens qu’on parle en vrai, juste pour qu’on puisse parler / Donne-moi de tes nouvelles même si j’en veux pas / J’ai besoin de parler et tu connais mon jargon », il semble tiraillé entre la volonté de fuir son passé et le besoin de s’y rattacher.

 

VSTL (feat. Gutta192)

Le premier invité de ce projet est un représentant de la nouvelle scène montréalaise, qui bénéficie d’une fenêtre de choix pour se présenter aux publics canadien et français. Les deux compères se placent en représentants du VSTL (Vrai Saint-Léonard), quartier de Montréal déjà maintes fois cité dans la discographie d’Enima. Le propos du titre est simple et concis, Enima et Gutta192 sont les représentants du quartier et tous ceux qui ne correspondent pas à leurs valeurs sont automatiquement catalogués comme ceux à éviter. Gutta192, chargé du second couplet, ne démérite pas dans cette collaboration, complétant harmonieusement Enima avec plus de hargne et un peu moins de mélodie.

 

Impliqué

Éléments incontournables de la discographie d’Enima, les odes à la vie de pimp sont à chaque fois des moments forts de ses projets. Les anglicismes qui jonchent les mesures du titre permettent, du point de vue d’un auditeur français, de s’impliquer davantage dans le récit de faits souvent décrits par les rappeurs des États-Unis mais impossibles dans le contexte français. Une énième fois, Enima raconte ce qui fut son quotidien durant de nombreuses années, mais il le fait avec tellement d’attitude que l’on en redemande encore.

 

Loyal (feat. Gxlden Child)

La deuxième collaboration de ce projet est également canadienne, ici le chanteur anglophone Gxlden Child donne des accents R’n’B au titre. Il prend clairement le lead tandis qu’Enima ne se contente que d’un seul couplet, dans lequel il évoque à nouveau une relation conflictuelle à une femme qu’il ne rejette pas mais à qui il ne peut pas se donner entièrement : « Elle m’appelle love, quelque chose que j’peux pas lui retourner ». Le rappeur s’enferme dans la posture du solitaire trop souvent trahi, qui veut rejeter tout sentiment sans savoir masquer son profond besoin de bénéficier de relations fortes et sincères.

 

Bonne voie

Enima reprend l’idée déjà évoquée par Détour, un des morceaux phares de sa discographie. Dans celui-ci, il chantait dans le refrain : « Les chemins étaient barrés, j’ai pris les détours ». Désormais conscient de ce qu’impliquaient ces détours, il rappe dans ce titre : « J’ai pris tellement de mauvaises routes, j’sais plus à quoi ressemble le chemin de la bonne voie », et en profite pour développer à quoi ressemblait la mauvaise voie qu’il suivait jusqu’ici. Quitter cette voie n’est pas un aveu de faiblesse, lui-même affirme « Il faut que j’reste sur la bonne voie / Même si j’pourrais les humilier », ce sont plutôt ses questionnements personnels évoqués en début de projet qui le poussent à évoluer. Il réaffirme son appartenance à la rue canadienne, en utilisant des associations d’idées bien locales : « La seule fois qu’il a tiré, j’crois qu’il chassait le caribou » et en énumérant son vécu sans le glorifier, dessinant ainsi la page qu’il veut tourner. La volonté de retrouver la bonne voie est bien présente, l’exécution semble cependant plus compliquée.

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Perdu (feat. So La Lune)

Après avoir exprimé son besoin de retrouver la bonne voie, Enima se retourne sur l’errance de ses années passées. Le propos est sensiblement similaire à ce que l’on entend sur le reste du projet mais l’apport de la voix éraillée de So La Lune renforce l’aspect émotionnel du titre. La mystérieuse pépite du rap français confirme un peu plus les espoirs suscités par son premier album Fissure de vie et ajoute cette collaboration à la déjà longue liste de rappeurs qu’il a su adapter à son univers si particulier, tels qu’Aketo, DA Uzi ou Captaine Roshi. La mélancolie qui se dégage des cordes vocales de So La Lune permet d’illustrer davantage la désolation du passé d’Enima, et permet à ce titre de former un diptyque avec le précédent, les leçons tirées des erreurs évoquées dans les deux morceaux représentant la clé pour retrouver cette fameuse bonne voie.

 

Enfer

Ce morceau reste dans le même univers que les précédents, cependant, il s’en dégage malgré tout une note d’espoir. Il affirme « J’étais déjà en enfer, j’suis sorti de nulle part » dans le refrain, en prenant soin de parler de cet enfer au passé. Même si la solution pour oublier ce passé est peu recommandée pour la santé, « lean et perks », Enima semble décidé à laisser l’Enfer derrière lui et à avancer, ce qui fait écho à ce qu’il rappait déjà dans Nouveau boss : « Maman j’rejoins mes rêves, après toute cette attente / J’apprécie le moment / Il fallait bien de la souffrance, il fallait bien une descente / Pour remonter la pente ». On sent approcher la fin du projet, Enima se détache de plus en plus de ses préoccupations matérielles des premiers titres pour se recentrer sur lui-même.

Enima - Million [Clip Officiel] - YouTube

 

Deep days

Sur un air de piano mélancolique, Enima se place désormais en observateur extérieur de son environnement avant d’à nouveau parler de lui mais désormais avec un nouveau regard. Il n’hésite plus à laisser transparaître sa tristesse et sa mélancolie, présente en toute situation : « J’suis encore triste aux Galeries Lafayette ». L’argent n’a ainsi pas apaisé ses maux, et la drogue semble les avoir aggravés. Enima a rarement été aussi introspectif dans sa carrière, et lorsqu’il évoque des faits divers et éléments de la vie de rue montréalaise, il emploie désormais « j’ai vu » pour en parler, comme pour s’écarter des actions dans lesquelles il était auparavant impliqué et pas un simple spectateur. Cependant, il met également en avant ce qui lui a permis de tenir et d’assumer cette vie : « Jamais perdu l’espoir, jamais perdu mon trône », comme ce qui le motive désormais : « J’pourrais perdre les billets, la carrière mais pas la faim ». Cette phrase permet de résumer le projet et la situation actuelle d’Enima, qui a quitté le faste instable de la vie de dopeboy canadien pour une carrière plus classique de rappeur en France, en ayant acquis le goût de l’effort et l’envie d’aller au charbon pour conquérir un nouveau public. Ce projet sonne comme une nouvelle carte de visite, presque le commencement d’une nouvelle carrière, dans lequel Enima pose de nouvelles bases en tentant d’adapter son univers à son nouveau pays d’accueil pour habituer le public français à ces sonorités, avant de proposer par la suite des projets plus ambitieux et à plus large portée.

 

Chronique rédigée par Adrien

 

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